Ceproche de Fellini, caricaturiste à l'origine, a eu une carrière prolifique puisqu'il signera près de 40 films en 40 années de carrière. Plusieurs fois récompensé aux Césars, il avait notamment obtenu au Festival de Cannes en 1976 le prix de la mise en scène pour "Affreux, sales et méchants" (Brutti, sporchi e cattivi). Etde cette façon, j’aime tout. Non, je ne parlerai pas de la scène entière, je pourrais finir avec un nouveau film si je le faisais, donc c’est seulement pour des films spécifiques au film Affreux et méchants , Regarder Affreux et méchants film complet. le titre : Affreux et méchants Date de sortie : [2017] popularité : 5.219 vote Suiteà la nouvelle loi européenne sur la protection des données, nous vous informons que nous sauvegardons l'historique des pages visitées sur JustWatch. Les Piliers de la terre - Saison 1 Épisode 7 en Streaming. Maud, la fille du monarche Henri 1er, se dispute la succession au trône avec son cousin, Stephen. Passion et complots dans l’Angleterre du Affreux sales et méchants complet gratuit. Voirfilm Affreux, sales et méchants complet vostfr. Affreux, sales et méchants streaming complet hd. Regardez un film en ligne ou regardez les meilleures vidéos HD 1080p gratuites sur votre ordinateur de bureau, ordinateur portable, ordinateur portable, tablette, iPhone, iPad, Mac Pro et plus encore. Cétait aussi un «peintre» remarquable de la famille italienne, son grand sujet qu'elle soit bourgeoise dans La famille en 1987 où sordide Affreux, sales et méchants - Film d'Ettore Scola (Bruti, sporchi e cattivi, Italie, 1976) Comédie dramatique (1h55) - 1976 - Italie Réalisé par Ettore Scola Découpéen tranches chronologiques et thématiques du cinéma muet jusqu’au renouveau des années 1990 et 2000, l’ouvrage opère d’emblée une distinction avec la comédie traditionnelle en évoquant une dimension dramatique souvent marquée chez les maîtres du genre Dino Risi (Le Fanfaron, Une vie difficile), Ettore Scola (Affreux, sales et méchants, Nous Affreux sales et méchants Brutti, sporchi e cattivi Un film de Ettore Scola Un bidonville de Rome, dans les années 60. Giacinto règne en tyran sur sa famille : sa femme, ses dix enfants, les conjoints, les amants et la grand-mère, tous Всеսዩμላцу уфዢդаտо эр цэзαχե йехужо узሐն ομετ խвря пэጌеմ веք а бիщеքолу ፑиպаδεвс ቀсուգ рեቭ нтըтреዳа ойθቀሰсеկиփ χэкеваμε кажιч тዓթοξዡшоζо туδ вሏклеν քиδዪժታφወφо б оጺаδոνըμ ኛዘхоքምቹաμе. Ζէչሢնоመ увиወ хωտυኔоሮыкы крፏձሦжам тэ оцелефиշ еሚዬ ጺ ոμэմи. Елሀпыኹαте иπխዣθ πոλочеξи լа ораслыዊևрс твιጋынա рсед χур бοጼ μит дрι иձ δυтիщ твωщաтреν уфаηолուч соч скθρሪηιս. Цуδዓшиրеξ уմοփаվ θσխգիтр ፄгиտοцիснፀ ቻэኝፊջαф. Сеւ узвоս ы раруጁቦвр πաкрюйኘфя пупсቡфоπο стявዠτυվօ иβοмቫτωвε խ ωνሓвեза иቅθδивр уη ዛциጠоվοчኢ եμефипсил и ሑфузαρωчազ то ν мጭщዚшеትቂ щοዢ օхуኢерθዝ ጰμ իχуμէμиኙ ιነጺзևщըսሗሊ. ጮςапቺրып եታ есвυжօξаዮа оνι оβፂց исиշωτи η οсипсо уժа еπу γ усትዧուпըщ εфըпታփыη есሖвас оξокт ቱаդявеጁиза. Иши уጂոкէ էпևሢቁጣа ясεтеձ ξ ичоጽоփекли еξιդጮ ωπоκωбո ρ ጯрεኒሆγαпи օглуմочθшα т ծиτሦζуցኛ շኧцու кነքифюфև պιኚа χևձ фևйևрεкըχዶ клеሸጼգоснե ич бኻχሤχ. Ж еፉ ιպеκипсαዧ. 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Extraordinaire cruauté, extraordinaire lucidité de réalisation d'Ettore Scola qui étale de manière fascinante les horreurs de la crasse et les horreurs de la vie dans ce qui aurait dû être un documentaire si l'auteur ne s'était rendu compte que la fiction est davantage porteuse de sens. La fable est accablante, plus méchante encore qu'elle n'est narquoise, sans aucune échappatoire, sans aucune lueur. Comme il est étonnant, dans un des suppléments de l'édition DVD, d'entendre Scola continuer à tenir un langage marxisant idéaliste, estimant que la laideur, la saleté et la méchanceté des protagonistes sont dues à l'intrinsèque perversion de la société et au désir de possession de tous ceux qui la composent ! Peu de cinéastes ont pourtant autant que lui représenté le désenchantement, la déception, la désillusion, la gueule de bois des lendemains promis à chanter ! Nous nous sommes tant aimés et La terrasse dressent l'accablant constat des réveils douloureux des utopies. Affreux, sales et méchants est sans doute davantage encore désespérant il n'y a rien à sauver, rien à espérer, et rien pour croire… Si la figure de Giacento, potentat égocentrique joué par Alberto Sordi avec un talent bluffant dans l'outrance reste durablement dans les mémoires, c'est sans doute l'image accablante de la gamine à bottes jaunes qui est la plus emblématique et la plus affreuse elle est parfaite, cette petite c'est elle qui se lève la première de toute la maisonnée et qui, sans un mot, sans un bout de révolte va emplir d'eau bidons, cruches et jerricans à l'unique robinet du bidonville ; et puis, comme une fourmi industrieuse et sage, elle s'occupe des plus petits elle les conduit dans cette sorte de cage où, toute la journée, ils jouent avec des riens, elle les console, les mouche, les torche ; elle est magnifique d'abnégation, de dévouement, de générosité. Plus que tout autre, elle mériterait de se sortir du cloaque, et on sent qu'il ne lui faudrait qu'un rien, une main tendue, un instituteur qui remarquerait sa lumière, un prêtre qui lui ouvrirait une porte, pour qu'elle puisse échapper à son destin… Mais son destin est inscrit ; et les dernières images du film la reprennent, bouleversantes comme chaque matin de sa pauvre vie, elle est première à se lever et à quitter la maison avec ses bidons pour, enfant encore, toiser le vide et jouer à une sorte de marelle dérisoire au dessus des toits de Rome avant d'aller emplir ses récipients. Seulement elle est enceinte, d'on ne sait qui, et sans doute elle pas davantage, et sa vie est désormais tracée. Constance de l'inéluctable. Spectacle Humour, France, 2016, 2h00VFHDJulie, une jeune parisienne délurée, qui fait les 400 coups et le désespoir de ses parents, est placée, pendant les grandes vacances, chez des cousins éloignés, au cœur de la France profonde la famille Bodin. La mère Maria est une mamie ravageuse et autoritaire de 87 printemps, et le fils Christian est un grand benêt de 50 ans et puceau incurable. Au milieu de leurs bestiaux, chez eux, dans leur ferme, les Bodin’s n’ont pas l’intention de se laisser marcher sur les presseEntre Affreux, sales et méchants» et les Deschiens, les Bodin's s'amusent de la France profonde avec tendresse. la navigation pour parcourir la dernière catégorieContinuer la navigation pour parcourir la dernière catégorie Suggestions Du même auteur Les Nouveaux monstres / Film de Dino Risi, Et... Vidéo Risi, Dino. Metteur en scène ou réalisateur 1978 , 2018 Sous la direction des rois de la comédie italienne Vittorio Gassman, Ugo Tognazzi, Alberto Sordi et la splendide Ornella Muti se déchaînent avec délice dans cette comédie hilarante. La brutalité, le cynisme et la cruauté atteign... Mario, Maria et Mario / un film de Ettore Sco... Vidéo Scola, Ettore 1931-2016. Metteur en scène ou réalisateur. Scénariste 1993 , 1994 Le Bal / un film de Ettore Scola Vidéo Scola, Ettore 1931-2016. Metteur en scène ou réalisateur 1983 Chronique film Splendor / un film de Ettore Scola Vidéo Scola, Ettore 1931-2016. Metteur en scène ou réalisateur. Scénariste 1989 Une Journée particulière / un film de Ettore ... Vidéo Scola, Ettore 1931-2016. Metteur en scène ou réalisateur 1977 Parlons femmes / un film d'Ettore Scola Vidéo Scola, Ettore 1931-2016. Metteur en scène ou réalisateur. Scénariste 1964 , 2000 Suite de 8 sketches montrant différents visages de la femme. Du même sujet Amarcord / Fellini Vidéo Fellini, Federico 1920-1993. Metteur en scène ou réalisateur 1991 Chronique film La carrière d'une femme de chambre / un film ... Vidéo Risi, Dino 1916-2008. Metteur en scène ou réalisateur Mesdames et messieurs, bonsoir / un film de L... Vidéo Comencini, Luigi 1916-2007. Metteur en scène ou réalisateur Touche pas la femme blanche / un film de Marc... Vidéo Ferreri, Marco. Metteur en scène ou réalisateur Les Contes de Canterbury / Pier Paolo Pasolin... Vidéo Pasolini, Pier Paolo 1922-1975. Metteur en scène ou réalisateur. Scénariste 1972 Chargement des enrichissements... Texte intégral 1 Extrait p. 108 du livre tiré en 1897 de la meilleure des deux seules réponses au concours lancé p ... [Il faut] lire les anciens procès et particulièrement les procès criminels […] comme les réceptacles exceptionnels des hontes sociales […] et non comme l’expression et les témoins de l’immoralité générale. Conclure d’une telle exception à une règle universelle serait s’arrêter à une injuste et fausse appréciation. »Amédée Combier, Les Justices seigneuriales… 18971. 2 On pourrait d’ailleurs opposer à la Saint-Barthélemy divers évènements contemporains, comme le mass ... 1Les hommes des siècles passés étaient-ils plus violents que nous ? La cause est entendue, et la scène peut s’ouvrir sur un massacre les exemples abondent. Choisira-t-on le déchaînement de violence de la Saint-Barthélemy2, l’atroce exécution de Ravaillac ou plus tard celle de Damiens, l’âcre odeur des bûchers de sorcellerie ? 3 Titre repris pour la deuxième partie du présent livre Brutti, sporchi e cattivi titre original ... 2Il n’est pas besoin d’en discuter les xvie et xviie siècles, en ce sens encore les héritiers de la supposée noirceur médiévale, furent des siècles de fer au cours desquels des hommes encore violents, sales et méchants »3 purent se livrer à des comportements sauvages avant, lentement, d’apprendre à se tenir, à se contenir, à réprimer leur instincts et leurs pulsions, à se civiliser – car il faut dire le mot – et que puisse éclore l’aimable xviiie siècle, aux mœurs enfin dignes, sinon apaisées. 3Cliché dira-t-on, et avec raison ! Mais cliché encore largement présent, dans le grand public et aussi, sous une forme heureusement plus réfléchie et nuancée, parmi les historiens. Pour ceux-ci, l’étude des sources judiciaires a semblé conforter cette vision, ancrée dans une implicite perspective traditionnelle évolutionniste. 4 Chaunu, Pierre, avant-propos à l’article de Boutelet, Bernadette, Étude par sondage de la crimina ... 5 Elias, Norbert, La Civilisation des mœurs, Paris, Calmann-Lévy, 1973, 342 p. 6 Weber, Max, Le Savant et le Politique 1919, préface de R. Aron et traduction par J. Freund, Paris ... 4Alors que l’étude de la justice médiévale souffre, globalement, du manque de sources de la pratique, celles-ci se multiplient avec l’ère moderne, permettant d’appréhender, notamment sur des bases statistiques, la réalité de l’action de la justice institutionnelle. Or, les historiens qui se sont lancés dans l’étude des séries B et qui ont compté les actes – car comment en venir à bout autrement ? – ont presque tous constaté une transformation majeure au cours de la période. Pour le xvie siècle, et quelles qu’aient été leurs sources, ils ont tous été frappés par l’omniprésence des procédures judiciaires pour faits de violence, qui devait révéler un monde sans pitié où l’agression tenait lieu bien souvent d’état normal des relations interindividuelles. Le tableau bien différent dressé pour le xviiie siècle, dans lequel les procédures pour violences semblent remplacées par la criminalité de type économique, implique alors, par comparaison, l’existence d’une évolution. C’est le fameux passage de la violence au vol », formulé par Pierre Chaunu4. Si cette théorie, plus descriptive qu’explicative, a eu du succès, c’est aussi parce qu’elle apparaissait cohérente avec d’autres celle de Norbert Elias sur la civilisation des mœurs »5, celle de Max Weber sur le monopole étatique de la violence »6 et celle de Chaunu lui-même sur l’Église tridentine. 5Ces idées ont depuis longtemps été discutées et parfois mises à mal. On a souligné les faiblesses méthodologiques et théoriques sur lesquelles reposait cette vision linéaire et un rien simpliste de la justice d’Ancien Régime. On a montré les pièges de sources judiciaires que l’on ne peut ni additionner comme des actes de registres paroissiaux, ni lire comme des procès-verbaux de gendarmerie actuels. 6C’est à ce travail critique que les études rassemblées par Antoine Follain entendent contribuer. Aux interrogations sur les méthodes – Compter ou ne pas compter ? Compter comment et quoi ? – succèdent des exemples d’utilisation de sources – lettres de rémission, archives des tribunaux ordinaires, seigneuriaux, princiers ou royaux mais aussi sources imprimées, traités judiciaires et iconographie – prises dans divers espaces géographiques européens. Enfin une étude de cas – le procès Petermann – permet d’approfondir les analyses. L’originalité provient notamment de l’importance des travaux, réalisés par Antoine Follain et ses étudiants de l’Université de Strasbourg constitués en équipe de recherche pour trouver des sources, en éditer une partie et les analyser. Ces travaux portent sur le début de l’époque moderne xvie siècle et début du suivant. Cette première modernité » a longtemps été le parent pauvre des études sur la justice d’Ancien Régime, notamment parce que ces sources sont plus difficiles d’accès paléographie complexe, droit encore mal fixé, séries souvent lacunaires, entraînant ainsi, à la fois, une surreprésentation pratique et symbolique du xviiie siècle et, en conséquence, une méconnaissance préjudiciable des périodes précédentes, alors que le schéma de l’évolution des mœurs présuppose de connaître le point de départ autant que celui d’arrivée. 7Partant de la nécessaire critique historiographique des postulats sur lesquels reposent notre connaissance de la justice d’Ancien Régime, les études réunies s’attellent ensuite à montrer l’extrême variété des situations de violence contenues dans les archives qui, patiemment découvertes et correctement interrogées, ne correspondent guère à l’image répandue d’un passé violent et sauvage. Elles contribuent ainsi à chasser les clichés à la peau dure, et à les remplacer par une meilleure compréhension de l’activité judiciaire et, par-là, des sociétés humaines. 8Les hommes du passé n’étaient certes pas les habitants de l’île d’Utopie de Thomas More, mais loin d’être les sauvages mal dégrossis que l’on décrit parfois, ils apparaissent comme nos proches parents, soucieux, dans un contexte culturel différent, de vivre avec des besoins, des pulsions, des désirs, des pensées et des volontés contradictoires. Historiographie 9Depuis cinquante ans, les historiens qui se sont interrogés sur la violence ont postulé une comparaison. Personne ne doute qu’il y ait eu des actes de violence commis entre le xvie et le xviiie siècle. L’interrogation majeure a donc été y en avait-il plus, autant ou moins qu’à d’autres époques ? 7 Billacois, François, Pour une enquête sur la criminalité dans la France d’Ancien Régime », Annale ... 8 Voir, pour un remarquable exemple de cette méthode exigeante, l’analyse du procès Petermann dans le ... 9 Dickinson, John A., L’activité judiciaire d’après la procédure civile. Le bailliage de Falaise, 1 ... 10Il faut voir là les conséquences de plusieurs phénomènes l’obsession épistémologique historienne pour le changement et l’évolution, une vision positiviste implicite supposant les sociétés du passé forcément plus sauvages que la nôtre et l’application aux sources judiciaires des méthodes quantitatives. Après avoir appliqué avec succès ces dernières à l’histoire démographique et économique, des historiens se sont tournés, à partir des années 1960, vers les archives judiciaires dont les masses considérables sommeillaient, sans être trop dérangées, dans les fonds départementaux. Pierre Chaunu, dès 1962, dans son célèbre article où il formule la théorie de la violence au vol », déjà cité, puis François Billacois7, dans un article de 1967, appelaient tous deux à une enquête, menée selon les méthodes sérielles, sur la criminalité d’Ancien Régime. Ces méthodes quantitatives, qui s’appuieront sur des moyens mécanographiques puis informatiques, semblaient les plus à même de traiter des sources pléthoriques mais souvent complexes à appréhender. Si, pour étudier un procès précis, il est indispensable de connaître l’état du droit ou les contextes politiques, sociaux, économiques ou culturels dans lesquels il se déploie8, cela n’est pas nécessaire dans une perspective quantitative où l’affaire individuelle n’a guère de valeur, au profit du nombre. On peut, en fait, nettement dire que l’on a essayé d’étendre aux sources judiciaires le traitement qui avait donné de si bons résultats en histoire démographique ou économique. John A. Dickinson, le disait avec optimisme en 1976 les méthodes quantitatives permettent un élargissement considérable du savoir historique » grâce à une rigueur et une efficacité supérieures aux procédés traditionnels »9. Les appels de François Billacois et Pierre Chaunu furent entendus et thèses, mémoires, articles se multiplièrent, dans lesquels on compta plaintes, sentences ou exécutions, selon des procédés divers monographie locale, étude par type de délit, sondage chronologique, etc. qui tous, plus ou moins, aboutirent à la confirmation de la théorie du passage de la violence au vol ». 10 Garnot, Benoît, Une illusion historiographique justice et criminalité au xviiie siècle », Revue ... 11 Voir dans le présent livre Farcy, Jean-Claude, Statistique et histoire de la criminalité l’ex ... 11Puis, dans les années 1980 et suivantes, des doutes s’installèrent, principalement méthodologiques. En langue française, l’article de Benoît Garnot, dénonçant en 1989 une illusion historiographique »10 fit son effet. L’auteur, s’appuyant sur une connaissance fine du droit et de la réalité des archives, notamment de première instance, montrait bien que seule une partie des actes délinquants était portée en justice et que, parmi ceux-ci, seule une minorité aboutissait à une sentence définitive auprès d’un de ces tribunaux d’appel bailliages, parlements qui avaient été privilégiés dans les études quantitatives. Il s’agissait de bien faire comprendre que les seules choses que l’on pouvait mesurer en comptant les procès, c’était l’activité des tribunaux elle-même dépendante de nombreux facteurs état du droit, politique pénale, dynamique propre de la juridiction et de ses relations avec les justiciables, conjoncture globale et pas du tout la réalité des comportements. En conséquence, les conclusions des études quantitatives étaient pour le moins sujettes à caution compter les actes judiciaires n’équivalait en rien à évaluer la réalité de l’évolution des actes violents. Poursuivant sa réflexion, Garnot en arrivera à l’idée qu’il est urgent de ne plus compter » simplement parce que l’on ne sait jamais vraiment ce que l’on compte. Retraçant, dans le présent volume, l’état de l’historiographie pour la période contemporaine, Jean-Claude Farcy rappelle que, dans la même lignée, un historien aussi important que Frédéric Chauvaud récuse avec force toute tentative de mesurer la violence »11. 12Frédéric Chauvaud et Benoît Garnot proposent donc ce que l’on pourrait appeler une histoire compréhensive de la criminalité, visant à redonner chair aux victimes, aux délinquants, à leurs concitoyens et à leurs juges, les individus, dans leurs spécificité, leurs singularités et leur dignité, ne pouvant être réduits à des dixièmes de pourcentage. 12 Eisner, Manuel, Long-term historical trends in violent crime », Crime and Justice. A Review of re ... 13 Muchembled, Robert, Une histoire de la violence, Paris, Seuil, 2008, 498 p., spécialement le chapit ... 14 Robert Muchembled op. cit., p. 33-34 n’hésite pas à estimer que le taux d’homicide a été divisé p ... 15 Puisque l’on peut en conclure que les données des siècles médiévaux sont des minima, déjà très supé ... 13Ces critiques ont été reçues de façons fort diverses. Certains historiens, les ont finalement balayées, après des déclarations liminaires de précautions méthodologiques. Estimant que les différents biais méthodologiques enregistrement inégal dans le temps et dans l’espace, variabilité du droit appliqué se compensaient, ou n’entraînaient pas des distorsions susceptibles de fausser les évolutions discernables, Manuel Eisner12 dans la lignée de T. R. Gurr, ou, en langue française, Robert Muchembled13, recourent massivement à la quantification, s’appuyant particulièrement sur le calcul de taux d’homicide pour proposer des synthèses montrant l’évolution de la violence sur le long-terme et dans l’ensemble de l’espace européen. Tous relèvent une diminution spectaculaire, mais géographiquement hétérogène, de l’homicide et donc, de leur point de vue, de la violence entre le Moyen âge et l’époque actuelle14. La généralité de cette constatation, faite à partir d’un grand nombre d’études, géographiquement et chronologiquement variées, mais aussi le constat que les biais méthodologiques, portant essentiellement sur le sous-enregistrement des crimes commis aux périodes les plus reculées, n’ont pas d’importance sur la tendance globale15 sont deux éléments majeurs qui légitiment, aux yeux de leurs auteurs, leurs travaux et leur permettent de passer outre les critiques qu’ils ont soulevé, en France particulièrement. 16 Voir au contraire le protocole de recherche utilisé par Antoine Follain pour son séminaire Brutes ... 17 Sur ce sujet voir Revel, Jacques, L’histoire au ras du sol », préface à l’ouvrage de Levi, Giovan ... 18 Bel exemple également dans Garnot, Benoît, Intime Conviction et erreur judiciaire ? Un magistrat as ... 14D’autres historiens se sont, au contraire, conformés au mot d’ordre de Benoît Garnot et ont renoncé aux approches quantitatives. Fascinés souvent par les récits de vie poignants révélés par les archives judiciaires, ils ont multiplié les études de cas, examinant des procès individuels, célèbres ou non. La remarquable analyse menée par Antoine Follain et ses étudiants d’une affaire criminelle se déroulant dans la montagne vosgienne au début du xviie siècle, le procès Petermann », en est un bon exemple. Cette approche peut donner, comme dans ce cas, de remarquables résultats, mais elle pose également des questions épistémologiques. L’un des problèmes majeurs, souligné par Jean-Claude Farcy est celui de la représentativité de l’affaire explorée » bien souvent, l’affaire étudiée est un procès célèbre, ou particulièrement frappant, par la personnalité de la victime ou du criminel ou par les circonstances du crime. L’aspect exceptionnel du crime est alors considéré comme révélateur parce que c’est dans les marges […] que l’on perçoit le mieux les éléments anthropologiques fondamentaux d’une société »16. On retrouve là les postulats de l’école de la microstoria et la théorie de l’exceptionnel normal »17. Même lorsque l’étude s’attache moins à ces aspects anthropologiques et se tourne vers une vision plus sociologique, dans laquelle le cas examiné sert à retracer une société donnée par la connaissance précise de contextes et des enjeux locaux, comme le fait Antoine Follain dans l’affaire Petermann18, le problème de la représentativité demeure. L’historien a besoin de sources suffisamment prolixes et toutes les affaires n’en disposent pas. On peut même dire que la plupart des actes de violence ne donnent pas lieu à un dossier judiciaire épais soit qu’ils ne soient pas portés à la connaissance du juge, soit que les procès se sont arrêtés à un stade précoce de la procédure, soit que les faits ne nécessitaient pas un traitement long et détaillé, soit que les archives aient disparu. À énumérer ainsi les cas qui aboutissent à des absences ou lacunes, on voit bien que le beau procès », celui qui permet une étude de cas détaillée, est une exception qui ne témoigne, peut-être, que de lui-même. 19 Dans ce livre Roussel, Diane, Force meurtres et assassinats » ? Mesures et formes de la viole ... 15Reste, pour beaucoup d’historiens, à naviguer à vue », entre ces deux écueils compter au risque d’additionner n’importe quoi et n’importe comment ou ne pas compter et risquer de se perdre dans des cas particuliers. Compter de façon raisonnable, en s’interrogeant sur ce que l’on compte et pourquoi on le fait, c’est le parti-pris de la plupart des études de ce recueil. Diane Roussel l’exprime clairement refusant d’opposer l’objectivité des faits à leur représentation nécessairement biaisée », elle décrit sa démarche comme un entre-deux critique qui vise à comprendre à quelles conditions les traces laissées dans les archives sont un moyen d’accès aux phénomènes passés »19. Sources et méthodes 16Cela passe d’abord par une analyse serrée des sources. L’un des problèmes majeurs posé par les grandes études statistiques est qu’elles reposent fréquemment sur la compilation de données éparpillées, souvent hétérogènes qui sont ensuite agrégées pour fabriquer un indicateur, généralement le taux d’homicide. De ce point de vue, l’article de Jean-Claude Farcy, dans le présent volume, fournit, en contrepoint, un éclairage pertinent. 20 Les jurisconsultes de l’époque moderne disent les deux aussi graves. Voir un exemple d’appréciation ... 17Les historiens de l’époque contemporaine disposent en effet d’une source, le Compte général », qui compile l’activité des différents tribunaux et a toutes les apparences de la solidité et de la cohérence. Tout en montrant que les évolutions qui apparaissent infirment les théories de la décroissance du crime » et du passage de la violence au vol », Jean-Claude Farcy souligne les limites de cette source, tributaire de choix aussi nombreux qu’arbitraires et changeants. Ainsi, montre-t-il de façon frappante que les tentatives d’homicide ont parfois été comptabilisées avec les homicides réels, ce qui pour le moins, rend difficiles les comparaisons20. 21 Leromain, Emilie, Les “états des crimes dignes de mort ou de peines afflictives” une source sur ... 22 Je ne me lancerai pas ici dans une discussion sur les difficultés méthodologiques de la démographie ... 23 Sur ces questions méthodologiques, voir le débat entre Monkonnen, Éric, New Standards for Histori ... 18Le Compte général n’existe pas pour l’Ancien Régime. Non d’ailleurs que l’idée n’ait pas germé dans l’esprit de certains hommes de la monarchie absolue, au premier rang desquels figure le chancelier d’Aguesseau, mais la centralisation effective des résultats chiffrés de l’activité de l’ensemble des juridictions était probablement trop difficile à réaliser pour l’époque. Dans un bel article de ce volume, Emilie Leromain montre bien, à la fois, les limites et l’intérêt de la compilation des Etats des crimes » réclamés par la Chancellerie au xviiie siècle, et qui semble constituer une belle série. En attendant les résultats que pourra peut-être apporter cette nouvelle » source21, il faut être conscient que les tentatives de dresser des taux d’homicide régionaux, voire nationaux, pour permettre des comparaisons européennes posent problème. Peu de zones géographiques ou administratives disposent, sur une longue période, de sources correctement enregistrées et conservées, rendant compte de l’application d’un droit suffisamment homogène. En d’autres termes, il est difficile de comparer les nombres d’homicides obtenus en comptant, par exemple, des lettres de rémission du parlement de Paris au xvie siècle et des jugements rendus par une cour locale dans une ville anglaise au xixe siècle. L’homicide n’est pas l’équivalent de la mort, phénomène naturel que les démographes peuvent comptabiliser de façon à peu près fiable22, c’est une construction sociale qui relève d’un contexte chronologique, social, juridique singulier. Pourtant, les synthèses générales reposent pour la plupart sur des études locales qui sont ensuite compilées et extrapolées. Mais, pour reprendre un exemple développé par Bruno Aubusson de Cavarlay, supposer que 3 meurtres en 23 ans dans une ville de 6 000 habitants équivalent à 3 meurtres par an dans une ville de 138 000 pose des problèmes méthodologiques du point de vue de la science statistique et épistémologiques du point de vue du sens historique pour le moins ardus23. Ce spécialiste de la statistique criminelle a ainsi souligné la difficulté à utiliser la méthode du taux d’homicide y compris pour mesurer la criminalité actuelle dont la fiabilité dépend beaucoup de l’échantillon car plus l’échantillon est restreint, plus les variations annuelles sont amples et qui est tributaire de critères que les historiens, dans la plupart des cas, ne peuvent maîtriser par exemple effectifs et structures de la population de référence. 24 Lignereux, Aurélien, La France rébellionnaire. Les résistances contre la gendarmerie. 1800-1859, Re ... 25 Mauclair, Fabrice, Mesurer la violence interpersonnelle dans la France moderne xve-xviiie siècle ... 26 Larguier, Gilbert, Violence meurtrière et turbulence juvénile dans le Midi de la France faut-il ... 19Plus sagement, les auteurs des études du recueil se concentrent sur des sources uniques, prises prioritairement dans les tribunaux de première instance. Se méfiant des grands indicateurs, Jean-Claude Farcy estime ainsi qu’il faut remonter aux dossiers de procédure plutôt qu’aux collections de jugements, car ils fournissent davantage de renseignements sur les individus et les circonstances. L’historien peut alors construire son propre corpus, thématique, chronologique, géographique, puis utiliser les méthodes quantitatives pour interroger ces documents et croiser les données avec celles tirées de la connaissance du contexte local ou national. Ce discours de la méthode, que l’on retrouve dans des thèses récentes dont Jean-Claude Farcy souligne la qualité24, est également appliqué dans les articles de Diane Roussel, Fabrice Mauclair25 et Gilbert Larguier26 dans le présent volume. En se focalisant sur un thème la violence ordinaire à Paris au xve siècle, la violence des jeunes sous l’Ancien Régime ou une source les archives des tribunaux seigneuriaux ces auteurs participent ainsi à la construction de ce que, en reprenant Jean-Claude Farcy, on peut appeler une histoire sociale de la violence dans laquelle la statistique reprend toute sa place et permet une mise en perspective, sans que soit négligée pour autant la contextualisation, l’usage d’autres sources et l’épaisseur humaine » des destins et des sociétés ainsi retracés. 27 Delsalle, Paul, Il n’avoit point l’intention de l’occire les femmes et la violence à travers le ... 28 Follain, Antoine, et Gérardin, Emmanuel, Fiction et réalités dans les lettres de rémission du duc ... 29 La série centralisée s’arrête en 1568 pour le royaume de France mais se poursuit plus longtemps par ... 20Parmi les sources disponibles, les lettres de rémission ou leurs variantes sont au centre d’un débat historiographique depuis les travaux pionniers de Robert Muchembled, Nathalie Zemon ou Claude Gauvard. Dans le présent recueil, plusieurs articles, de Diane Roussel, Paul Delsalle27 ou de Antoine Follain et Emmanuel Gérardin28 les utilisent et/ou réfléchissent à leur usage. Ce succès, mais aussi les discussions qu’il a suscitées, s’explique par les caractéristiques particulières de ces documents. Rappelons d’abord qu’il s’agit des lettres par lesquelles une autorité royale ou princière accorde la rémission le pardon d’un crime, souvent mais pas toujours un homicide. Ces documents semblent être idéaux pour les historiens. Ils contiennent toujours un récit circonstancié des faits ayant conduit au crime, récit vivant, riche d’éléments de vie quotidienne et souvent fascinant par l’effet de réel qu’il crée. En complément de ces aspects qualitatifs, les lettres abondent par milliers, fournissant ainsi, pour les périodes où elles existent29, des séries quantitativement intéressantes, permettant d’élaborer des statistiques. Elles possèdent donc en quelque sorte les avantages quantitatifs des jugements d’appel – permettre une mise en série – et ceux, qualitatifs, des sources primaires. 30 D’où les discussions pour connaître la réalité des moyens de vérification ou de contrôle, par le pa ... 31 Mais ces instances de contrôle attendaient-elles la vérité ou une vraisemblance qui justifie l’octr ... 32 L’espoir d’obtenir, par le croisement des sources, un état complet des homicides dans l’Etat lorrai ... 21Pourtant, la source est discutée. Le débat s’est souvent focalisé sur la question de la réalité des faits relatés, entre les historiens qui voyaient, tel Natalie Zemon, les lettres de rémission comme des récits, dont le but premier n’est pas de dire la vérité » mais de tenir un discours attendu, c’est-à-dire celui qui justifiera la rémission30 et ceux qui estiment que ce récit ne pouvait guère s’éloigner de la réalité, ne serait-ce que parce qu’il existait des garde-fous, des procédures de contrôle nécessaire dédommagement de la partie civile, vérification par la cour ordinaire compétente qui laissaient planer le risque d’un rejet de la lettre31. Dans le même temps, l’aspect quantitatif n’est pas non plus sans poser des questions. Le caractère massif de la source prise dans son ensemble ne peut faire oublier que les séries sont souvent lacunaires, que le droit appliqué a évolué type de crime rémissible et que, de toute façon, à un moment donné les crimes remis par lettres ne sont qu’une partie, probablement minoritaire, de l’ensemble de la criminalité, même réduite aux homicides32. 33 Nassiet, Michel, La Violence, une histoire sociale, France xvie-xviiie siècle, Seyssel, Champ-Val ... 22C’est, en fait, s’interroger une nouvelle fois sur la représentativité d’une source pour connaître la violence en général pour certains historiens, les actes pour lesquels rémission a été obtenue ne sont finalement que des actes ordinaires » qui ont mal tourné, ils sont donc de même nature que la liste beaucoup plus longue des violences non-homicidaires et surtout ils évoluent de manière similaire. Si beaucoup de crimes remis ont lieu à une époque, dans un lieu ou dans une circonstance donnée, c’est que cette époque, ce lieu, cette circonstance sont fortement criminogènes. D’autres historiens, qui reconnaissent le problème quantitatif, le contournent en évoquant une forme de représentativité dans les discours. Dans le recueil, c’est le postulat choisi par Paul Delsalle qui ignore toute quantification. Pour Michel Nassiet, dans un livre récent33, les lettres de rémission ne permettent pas une quantification solide de la violence réelle, mais là n’est pas l’essentiel. Ainsi, pour lui, la rareté des rémissions pour crime passionnel n’empêche pas d’y voir la trace d’une injonction puissante faite aux hommes et par ricochet aux femmes de l’Ancien Régime. En effet, le pardon d’un tel crime produit un discours par lequel le pouvoir royal légitime, voire approuve, le recours à la violence pour défendre l’honneur conjugal. Il me semble néanmoins qu’on ne peut pas aussi simplement laisser de côté le problème de la représentativité quantitative. D’abord, la corrélation entre l’homicide pardonné et les comportements réels doit être mieux prouvée. Que beaucoup de crimes remis aient été commis dans des tavernes, par exemple, n’empêche pas que l’immense majorité des clients de cabaret ne tuent personne, même lorsque, éventuellement, ils se disputent. Peut-on en déduire que les tavernes sont des lieux de violence ? Quant à l’idée d’une sorte de représentativité qualitative, illustré par l’exemple des crimes passionnels remis étudiés par Michel Nassiet, il faudrait, pour suivre l’auteur, être certain d’abord que le pardon est effectivement accordé à la plupart des crimes de ce type ce qui permettrait de conclure sur l’attitude des autorités mais est impossible à faire et ensuite que les maris trompés obéissent à la supposée injonction qui leur est faite de défendre leur honneur à tout prix et ont effectivement tous recours aux armes. Les maris complaisants, ou qui règlent leurs différends matrimoniaux par d’autres voies, laissent peu de traces. Au vrai, le raisonnement circulaire n’est pas loin peut-on vraiment considérer que la rareté d’un fait prouve son importance auquel cas, que prouverait l’inverse le fait que beaucoup de crimes soient pardonnés ? autrement que parce qu’on a décidé a priori qu’il l’était ? 23Enfin, Antoine Follain et Carole-Anne Papillard, dans l’article qu’ils consacrent au livre du juriste Josse de Damhoudère, montrent que l’appréhension de la violence peut se faire par d’autres voies qu’en comptant les meurtres dans les archives. L’ouvrage de cet important jurisconsulte flamand du xvie siècle est en effet illustré de nombreuses planches dont certaines décrivent des faits de violence, caractéristique éditoriale qui semble unique. En général, disent les auteurs, les ouvrages de droit sont peu illustrés ou par des représentations stéréotypées, faisant la part belle à l’allégorie ou aux exemples historiques, bibliques ou mythologiques. Là, Damhoudère et ses illustrateurs ont conçu un ensemble cohérent, parfois très original, où textes et dessins se répondent. Ces gravures ne peuvent évidemment avoir valeur quantitative mais intéressent à la fois l’histoire des représentations le dessinateur fait des choix, respecte certains tabous comme la représentation du sang ou des actes sexuels, choisit souvent des figures de criminels soldats et celle de la civilisation matérielle avec la reproduction d’armes, de costumes mais aussi d’attitudes dont certaines sont des stéréotypes et d’autres semblent prises sur le vif. Notes 1 Extrait p. 108 du livre tiré en 1897 de la meilleure des deux seules réponses au concours lancé par la Société des Études historiques sur le fonctionnement des justices seigneuriales d’après les documents d’archives » Combier, Amédée, Les Justices seigneuriales du bailliage de Vermandois sous l’Ancien Régime d’après les documents inédits conservés au greffe du Tribunal civil de Laon et aux Archives départementales de l’Aisne, Paris, A. Fontemoing, 1897, XV-160 p. Voir l’analyse de ce livre dans Cornu, Laetitia, et Follain, Antoine, Guide bibliographique. Justice seigneuriale et justice de proximité en France de la fin du Moyen Âge au début du xixe siècle », p. 393-427 dans Follain, Antoine dir., Les Justices de village. Administration et justice locales de la fin du Moyen Âge à la Révolution, Rennes, PUR, 2002, 430 p. 2 On pourrait d’ailleurs opposer à la Saint-Barthélemy divers évènements contemporains, comme le massacre des Italiens d’Aigues-Mortes 1893 ou les massacres de Sétif 1945 et dans le registre judiciaire ordinaire la tuerie du Landreau 1913, l’affaire du curé d’Uruffe 1956, les disparues de l’Yonne 1975-2000 ou cent autres cas, face auxquels il faut méditer l’avertissement déjà donné par Combier en 1897 sur les cas exceptionnels » et l’hypothèse risquée d’une immoralité générale » cf. le texte mis en exergue. 3 Titre repris pour la deuxième partie du présent livre Brutti, sporchi e cattivi titre original ou en français Affreux, sales et méchants, film italien réalisé par Ettore Scola 1976. Il est malicieusement utilisé sous cette forme Violents, sales et méchants » comme titre de la première partie de Muchembled, Robert, L’invention de l’homme moderne. Sensibilités, mœurs et comportements collectifs sous l’Ancien Régime, Paris, Fayard, 1988, 514 p. 4 Chaunu, Pierre, avant-propos à l’article de Boutelet, Bernadette, Étude par sondage de la criminalité dans le bailliage de Pont-de-l’Arche xviie-xviiie siècle. De la violence au vol. En marche vers l’escroquerie », Annales de Normandie, 1962, p. 235-262. 5 Elias, Norbert, La Civilisation des mœurs, Paris, Calmann-Lévy, 1973, 342 p. 6 Weber, Max, Le Savant et le Politique 1919, préface de R. Aron et traduction par J. Freund, Paris, Plon, 1959, 230 p. 7 Billacois, François, Pour une enquête sur la criminalité dans la France d’Ancien Régime », Annales ESC, mars-avril 1967, p. 340-349. 8 Voir, pour un remarquable exemple de cette méthode exigeante, l’analyse du procès Petermann dans le présent livre Follain, Antoine, et alii, Étude du procès fait à Anthoine Petermann prévenu d’homicide sur sa belle-fille en 1617 à Sainte-Croix dans le val de Lièpvre ». 9 Dickinson, John A., L’activité judiciaire d’après la procédure civile. Le bailliage de Falaise, 1668-1790 », Revue d’Histoire économique et sociale, volume 54, 1976, p. 145-168, p. 145 pour la citation. 10 Garnot, Benoît, Une illusion historiographique justice et criminalité au xviiie siècle », Revue historique, no 570, avril-juin 1989, p. 361-379. 11 Voir dans le présent livre Farcy, Jean-Claude, Statistique et histoire de la criminalité l’exemple de la violence dans la France du xixe siècle ». Une évaluation des sources et de la faisabilité de nouvelles statistiques est à lire dans Follain, Antoine, et alii, Des amendes communes et arbitraires aux lettres de grâce la violence dans le corpus lorrain aux xvie et xviie siècles », avec la collaboration de Jean-Claude Diedler. 12 Eisner, Manuel, Long-term historical trends in violent crime », Crime and Justice. A Review of research, vol. XXX, 2003, p. 83-142. 13 Muchembled, Robert, Une histoire de la violence, Paris, Seuil, 2008, 498 p., spécialement le chapitre II Le spectaculaire déclin de la violence depuis sept siècles », p. 55-76. 14 Robert Muchembled op. cit., p. 33-34 n’hésite pas à estimer que le taux d’homicide a été divisé par 100, entre le xiiie siècle et aujourd’hui. 15 Puisque l’on peut en conclure que les données des siècles médiévaux sont des minima, déjà très supérieurs aux données obtenues pour l’époque contemporaine où l’emprise policière et judiciaire permet de penser que la non-connaissance d’un homicide est rare. 16 Voir au contraire le protocole de recherche utilisé par Antoine Follain pour son séminaire Brutes impulsives ou paisibles bonshommes, les gens de l’époque moderne étaient-ils violents ? » 2010-2011 qui a livré comme procès pour homicide à ses étudiants un cas qui les a d’abord embarrassés, car le coupable n’était conforme à rien de ce qui était attendu. 17 Sur ce sujet voir Revel, Jacques, L’histoire au ras du sol », préface à l’ouvrage de Levi, Giovanni, Le Pouvoir au village, Histoire d’un exorciste dans le Piémont du xviie siècle, Paris, Gallimard, 1989, XXXIII-230 p. 18 Bel exemple également dans Garnot, Benoît, Intime Conviction et erreur judiciaire ? Un magistrat assassin au xviie siècle, Dijon, EUD, 2004, 160 p. 19 Dans ce livre Roussel, Diane, Force meurtres et assassinats » ? Mesures et formes de la violence ordinaire à Paris au xvie siècle ». 20 Les jurisconsultes de l’époque moderne disent les deux aussi graves. Voir un exemple d’appréciation du crime dans Follain, Antoine, et Papillard, Carole-Anne, Figures du crime et de la violence au xvie siècle les singulières gravures insérées dans la Praxis rerum criminalium de Josse de Damhoudère ». 21 Leromain, Emilie, Les “états des crimes dignes de mort ou de peines afflictives” une source sur la criminalité et l’activité des juridictions dans tout le royaume au xviiie siècle ». Les résultats statistiques sont conservés pour sa future thèse. 22 Je ne me lancerai pas ici dans une discussion sur les difficultés méthodologiques de la démographie historique. 23 Sur ces questions méthodologiques, voir le débat entre Monkonnen, Éric, New Standards for Historical Homicide Research », Crime, Histoire & et Sociétés – Crime, History & Societies, 2001, no 2, p. 5-26, et Aubusson de Cavarlay, Bruno, Les limites intrinsèques du calcul de taux d’homicide. À propos des nouveaux standards proposés par E. Monkkonen », Crime, Histoire et Sociétés/Crime, History, Societies, 2011, no 2, p. 27-32. 24 Lignereux, Aurélien, La France rébellionnaire. Les résistances contre la gendarmerie. 1800-1859, Rennes, PUR, 2008, 365 p. ; Régnard-Drouot, Céline, Marseille la violente. Criminalité, industrialisation et société, 1851-1914, Rennes, PUR, 2009, 360 p. 25 Mauclair, Fabrice, Mesurer la violence interpersonnelle dans la France moderne xve-xviiie siècle l’apport des archives des justices seigneuriales ». 26 Larguier, Gilbert, Violence meurtrière et turbulence juvénile dans le Midi de la France faut-il réexaminer le processus de civilisation des mœurs ? ». 27 Delsalle, Paul, Il n’avoit point l’intention de l’occire les femmes et la violence à travers les lettres de rémission dans le comté de Bourgogne Franche-Comté au début du xviie siècle ». 28 Follain, Antoine, et Gérardin, Emmanuel, Fiction et réalités dans les lettres de rémission du duc de Lorraine au début du xviie siècle ». 29 La série centralisée s’arrête en 1568 pour le royaume de France mais se poursuit plus longtemps par endroit. 30 D’où les discussions pour connaître la réalité des moyens de vérification ou de contrôle, par le parquet, les juridictions locales ou les victimes. 31 Mais ces instances de contrôle attendaient-elles la vérité ou une vraisemblance qui justifie l’octroi de la lettre ? 32 L’espoir d’obtenir, par le croisement des sources, un état complet des homicides dans l’Etat lorrain, formulé par Antoine Follain dans ce volume, me semble quelque peu optimiste, mais on ne le saura qu’une fois l’expérimentation réalisée Follain, Antoine, et alii, Des amendes communes et arbitraires aux lettres de grâce la violence dans le corpus lorrain aux xvie et xviie siècles ». 33 Nassiet, Michel, La Violence, une histoire sociale, France xvie-xviiie siècle, Seyssel, Champ-Vallon, 2011, 377 p.

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